La rencontre entre un général et un première classe

Un dimanche, lors de mon premier weekend de garde en cabinet libéral, j’ai reçu un appel de la régulation du SAMU concernant un décès survenu dans l’EHPAD de la commune où j’étais posté. Le PARM me proposait d’aller constater le décès…

En stage hospitalier, il m’est arrivé à plusieurs reprises, lors de garde, de constater le décès d’un patient et d’en rendre compte dans le dossier médical. Cependant, la rédaction du certificat médical de décès incombait au médecin sénior du service dont c’était la mission.

J’ai cherché dans le cabinet de groupe où je travaillais un exemplaire de ce certificat…sans succès. A croire que ça n’arrivait jamais dans cette localité. Je me suis alors dit que c’était le genre de document à posséder dans son ordonnancier sans défaut. Heureusement, l’infirmière de l’établissement que j’ai contacté par téléphone en possédait plusieurs.

Arrivé au hall d’entrée de la maison de retraite, j’ai rapidement été pris en charge par une hôtesse d’accueil qui m’a accompagné jusqu’à la salle de soins où m’attendait Marie la bien nommée.

Elle m’a remis le triptyque tant désiré tout en me racontant sa découverte macabre lors du tour de soins. J’en ai profité pour jeter un coup d’œil rapide au formulaire, comme ça machinalement, sans vraiment y prêter attention. Je l’écoutais, captivé. C’était la première personne avec qui j’échangeais réellement ce dimanche. Elle m’a présenté le dossier médical du défunt. Je l’ai ouvert et découvert un monde très coloré. Les intercalaires, éblouissantes, rappelaient le spectre de la lumière blanche comme le faisait si bien l’arc-en-ciel … mais c’était bien là, leur seule fonction.

Hormis les fiches administratives disponibles au début du dossier, il n’y avait rien d’autre que son traitement. Le patient avait intégré l’EHPAD deux semaines auparavant.
Peu importe, j’ai quitté ma chaise et me suis dirigé vers le lieu funèbre. L’infirmière m’accompagnait. J’allais rencontrer Mr D. chambre 102 âgé de 91 ans.

Il reposait allongé dans son lit près de la fenêtre. En m’approchant de lui, je découvris un gaillard à la face burinée qui n’avait rien à envier à ces acteurs de cinéma comme Gabin ou Ventura. Il dégageait le charisme d’un général de quarante et me reléguait au rang de soldat de première classe. Je n’ai pas fais le service militaire, mais j’étais à deux doigts de le saluer. Il avait du en voir des choses, voilà ce que je me disais. Je me mis à l’examiner, sans son autorisation, avec l’aide de Marie.

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