Première visite à domicile et quelques surprises…

Après un hiver rude, passé aux soins des nouveau-nés, des nourrissons, des enfants et de leurs parents, la médecine générale me tendait les bras. A bout de souffle en débutant, ces bras m’ont porté quelques instants puis vite poussé au devant des réalités du terrain. Il faut dire que j’étais de mèche, j’attendais ça depuis déjà des mois…

Au quatrième semestre, j’ai fait la rencontre de mes deux premiers maîtres de stage universitaires. Pour cette formation chez le praticien en niveau 1, je voulais cumuler médecine de ville et médecine rurale. Il se trouve que les terrains de stage proposés au choix,  tenaient déjà compte de cette pluralité. J’ai décidé de m’orienter vers un binôme formé par les Docteurs G et A. Le premier exerçant dans un cabinet comptant 4 médecins, une secrétaire, une diététicienne et une psychologue. Le second installé dans un cabinet de deux médecins avec secrétaire.

C’est le Docteur G qui m’a accueilli pour le premier mois de stage à quelques encablures de mon logis. Je me rappelle encore de cette petite brise fraîche, me saisissant à la sortie de l’appartement, et me quittant une fois engouffré dans l’espace réduit de ma Saxo Bic. Je me rappelle du soleil levant sur les plaines qui m’a accompagné plusieurs matinées de manière amicale. La radio, elle, était branchée certaines fois sur les actualités, d’autres fois sur le rire, par moment sur l’opéra. Souvent, elle était éteinte, l’occasion de flâner, de partir dans mes réflexions. Ces dernières brassaient larges, « Est-ce que je vais avoir assez d’essence pour parcourir les 150 bornes qui restent… ? Oui….ça devrait le faire » « Ah…. mais ce soir, on a prévu un foot avec les autres internes, faut que j’en parle à G… » « Ma trousse de toilette…. ! Eh Merde, elle est restée dans la salle de bain » « J’aime bien cette route, ces petits villages que je traverse, ces volets bleus, ces toits ocres… » « Et le plat de la femme de G, quel bonheur, je sais pas ce qu’elle a prévu ce midi mais c’est à chaque fois une réussite » « faut absolument que je file des recettes à ma compagne… »

Au bout de 2 heures de route, je rejoignais G au cabinet. Il ouvrait quelques courriers et rapidement nous étions sur les routes pour réaliser les trois ou quatre visites matinales. Nous prenions des nouvelles de l’un, de l’autre. Les lundis, c’est fait pour ça. Les gens nous ouvraient leur porte…G passait devant et moi j’hésitais à entrée. Pas habitué à cette intrusion, il m’a fallu quelques visites pour franchir le palier à l’aise dans mes baskets. Pendant qu’il rédigeait l’ordonnance, j’examinais le ou la patient(e). C’était plus souvent « la » que « le ». « Le » avait quitté le domicile conjugale et rejoins l’autre monde avant « la ». Cela semblait respecter les statistiques et la pyramide des âges.

Les premières prises de la pression artérielle étaient laborieuses. Le brassard dans le mauvais sens, le brassard qui gonfle pas quand on presse la poire, le cadran mal placé empêchant de voir la descente de l’aiguille. J’en passe et des meilleurs. Ensuite, les habits… « Parce qu’un patient a des habits ?… Oui et c’est normal » que je me disais . Je le redécouvrais au moment de l’auscultation. Les personnes âgées sont des animaux à sang froid, voilà ce que j’ai appris. Contrairement aux animaux à sang chaud comme moi, vêtu de ma chemise à manche courte, eux cumulaient les épaisseurs pour conserver la chaleur. Du coup, glisser un stéthoscope entre le col du T-shirt  et le décolleté pour écouter les bruits du cœur, j’ai fini par connaitre le chemin. Pour le dos, la patiente, se penchant en avant et tirant vers le haut les multiples couches que je bloquais avec ma main gauche, me permettait de finir l’auscultation. Après ça, arrivait la question « j’ai combien docteur ? ». Zélé de leur dire la vérité, j’en ai vu bondir quelques uns… J’apprenais que la tension pour les patients était non seulement sacrée mais également invariable. Chaque variation ayant sa signification. L’un d’eux argumentait de la sorte : « 14/8, c’est ça docteur… ? c’est un peu élevé…d’habitude j’ai 13/8. Mais je suis un peu énervé en ce moment. Vous voulez pas la reprendre ? ». Nous avons très probablement notre part de responsabilité dans cette affaire. Nous pourrions les rassurés en leur disant que la tension varie au cours de la journée et que tout ça est parfaitement normal. Mais ce geste et ces chiffres un peu mystérieux, respectés par nos patients, nous permettent de conserver un certain savoir.

La fin de la consultation s’annonçait par la remise de l’ordonnance au patient accompagnée de l’ultime question, mais pas la moindre : « je vous dois combien docteur ? ». J’étais pas à l’aise avec cet échange monétaire d’un service rendu. Là aussi, plusieurs consultations ont été nécessaire pour me situer face à cette rétribution. Je sortais de l’hôpital où cet échange passe totalement inaperçu, voire est dématérialisé par la carte vitale et la carte mutuelle pour ceux qui les possèdent…

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