En transit, partie 1

Il était à l’heure…la file d’attente ponctuée en virgule en témoignait. Tous regardaient dans le même sens. Leur objet de convoitise était le checkpoint – un bureau, deux jeunes femmes et un bip qui se répétait. Après le signal, un à un, ils s’engouffraient dans le bras articulé et disparaissaient, seuls. En attendant, dans la queue humaine, chacun avançait à pas de fourmis. Cette union de l’instant était illusoire et rompue à une fin brutale, mais elle avait le mérite d’exister. C’était déjà ça. Hans quitta son fauteuil – anorexique et inconfortable – où il se sentait observé. Il rejoignit le mouvement, soulagé de pouvoir faire partie du tout. Il appréciait cette proximité, ce rapprochement des corps. Il pouvait de nouveau flâner, sa pensée laissée à l’abri des regards distanciateurs. Il imaginait Paris, il s’imaginait déambuler dans ses ruelles. Le voilà le long du boulevard Saint-Germain, libre, sans autre but que celui de laisser s’écouler le temps. Les agitateurs et écrivains d’une époque révolue l’inspiraient en ces lieux. Pourtant, à part Jean-Paul Sartre dont il avait lu « Les mots » au lycée et Simone de Beauvoir dont il avait entendu parler à la radio, il ne partageait pas grand chose avec ces auteurs. La culture française et avec elle, les écrivains français, faisaient régulièrement irruption dans la vie d’Hans – bien que ce dernier était, à l’image d’une grande partie de sa génération, un enfant de la culture orale et de l’écran. Il finissait par connaître les noms célèbres, fréquemment cités, ici et là, sans pouvoir en dire plus. Il faisait même l’hypothèse que la télévision avec ses jeux du matin, du midi et du soir n’arrangeraient pas l’affaire. Des mots et pas d’idées – si peu d’idées.

Sortant Hans de ses pérégrinations parisiennes, un brave monsieur lui dit de faire attention. A deux reprises, Hans lui avait raboter l’Achille-tendon. Il s’en excusa mécaniquement. Il avait avancé sans s’en rendre compte, il n’était plus qu’à quatre têtes des hôtesses élancées. La pièce d’identité et la carte d’embarquement dans la main droite, le bagage à main dans la main gauche, il semblait être le parfait modèle du genre. Au bureau de contrôle, se déroulait sous ses yeux, une action qui le laissait perplexe. Il y vit, d’emblée, un abus de pouvoir déguisé. L’une des hôtesses aux cheveux blonds, la taille fine pareille à une tige de blé, venait de sommer une jeune fille de vérifier la taille de son bagage à main dans la boite gabarit. La voyageuse, plutôt de la catégorie épis de blé, montrait son agacement par des soufflements caractéristiques. L’hôtesse, calmement, en souriant, poursuivait le contrôle des passagers.

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