Hymne aux vivants!

Le terme « obstination déraisonnable » est fréquemment utilisé dans le cadre des soins palliatifs et de la fin de vie. En d’autres termes, ne pas poursuivre des soins qui du fait de la situation du soigné sont injustifiés. La qualité de vie étant la priorité de l’équipe soignante.

En médecine générale, et dans toutes les autres disciplines médicales, il existe de nombreuses situations où l’obstination déraisonnable est présente. Elle est le fait du soignant, rarement le fait du soigné. Elle a toute sa place dans la réflexion qui doit être menée autour du soin. Les gardes-fous, que sont les textes législatifs (regroupés en Codes), semblent dichotomiser la vie en deux. Il y aurait surtout la fin et puis le reste. La qualité de vie dans ce reste est laissée aux bons soins de l’individu. Logique. L’obstination déraisonnable des soignants est acceptée et ses effets délétères minimisées. Après tout, le patient n’est pas en fin de vie.

Le souci de l’autre ne devrait pas souffrir de cette hiérarchisation des consciences. Mais, ne pouvant soigner le reste, nous soignons la fin. La fin justifiant les moyens. Alors comme ça, nous serions incapables de faire preuve des qualités humaines requises en dehors de la fin. Il y a fort à parier que cette finitude — cette mort irrémédiable — nous dotent de valeurs humaines restées jusque là étrangères à nos consciences. En attendant, les soignés sont quotidiennement les victimes de ce manque de prise de conscience… Réussir la sortie pour effacer le reste.

Monsieur S est diabétique, dans la quarantaine, et prend pour se soigner 2 traitements. La metformine, depuis 2007: 1000 mg matin, midi et soir. Le gliclazide, depuis 2007: 90 mg le matin. Malgré cela, il a toujours une hémoglobine glyquée > 7%. En discutant de son travail, qu’il exerce depuis 10 ans, il me confie ne pas pouvoir prendre la metformine du midi. Mais depuis 2007, les ordonnances placardent comme une fin de non recevoir, metformine 1000 mg matin, midi et soir. Quels sentiments cela peut-il engendrer chez un patient? Si ce n’est de l’incompréhension, de la distance et de la non adhérence aux soins proposés. Exemple typique d’une « violence médicale » — comme évoquée par Martin Winckler. Oui, ceci est une OBSTINATION DÉRAISONNABLE aux conséquences fâcheuses.

Nous n’en avons pas fini avec le paternalisme, non, absolument pas fini. Ceux qui croient en cette fin sont probablement les plus paternalistes. A quand l’intégration de la réflexion sur la fin de vie dans la réflexion globale autour des soins. Pour que les patients ne soient pas en reste. Hymne aux vivants!

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