La peur: un ersatz de la révolte

Oui, assurément c’est elle qui dirige le monde aujourd’hui. Il est faux et déviant de dire que l’argent dirige. Il n’est qu’un outil pour les artisans de la division. Nous nous satisfaisons des émotions engendrées par ces peurs. Elles nous suffisent pour donner du sens, pour donner un sens à nos inévitables compromissions. Les plus chaleureux accueils et les plus généreux sourires n’appellent qu’à ça. A croire que l’absence de compromissions est un idéal! « Attention… fais attention!…, n’oublie pas que tu t’exprimes devant telle ou telle personne… » Comment pouvons nous encore supporter ces connivences forcées, ces idées détournées, ces combats pipés? La peur suffit-elle à remplir une existence, notre existence? Oui, elle le fait, de plus en plus, et devient le cadre initialement imposé puis désormais choisi du fait de son confort. Formidable cadre de vie choyé dans lequel naîtra la descendance rendue muette par ses aînés incapables de prises de parole. En attendant, la division règne et la saine colère des défenseurs des droits est battue en brèche par l’odieuse colère des blessés tous azimuts. Quel détournement d’une société apeurée qui n’ose affronter la misère de sa propre existence par peur de!… Alors, nous faisons semblant. Semblant d’avoir un but, une lubie, par peur de.

Mon coeur s’accélère, je l’entends battre dans ma tête, mes joues me brûlent, mes mains se trempent de sueur, mon souffle se fait court, ma bouche se sèche, mon attention est prise, voire capturée, ma pensée tout entière est réunie en cet instant… Détrompez-vous! ce n’est pas la révolte qui m’anime, c’est la peur!