La peur: un ersatz de la révolte

Oui, assurément c’est elle qui dirige le monde aujourd’hui. Il est faux et déviant de dire que l’argent dirige. Il n’est qu’un outil pour les artisans de la division. Nous nous satisfaisons des émotions engendrées par ces peurs. Elles nous suffisent pour donner du sens, pour donner un sens à nos inévitables compromissions. Les plus chaleureux accueils et les plus généreux sourires n’appellent qu’à ça. A croire que l’absence de compromissions est un idéal! « Attention… fais attention!…, n’oublie pas que tu t’exprimes devant telle ou telle personne… » Comment pouvons nous encore supporter ces connivences forcées, ces idées détournées, ces combats pipés? La peur suffit-elle à remplir une existence, notre existence? Oui, elle le fait, de plus en plus, et devient le cadre initialement imposé puis désormais choisi du fait de son confort. Formidable cadre de vie choyé dans lequel naîtra la descendance rendue muette par ses aînés incapables de prises de parole. En attendant, la division règne et la saine colère des défenseurs des droits est battue en brèche par l’odieuse colère des blessés tous azimuts. Quel détournement d’une société apeurée qui n’ose affronter la misère de sa propre existence par peur de!… Alors, nous faisons semblant. Semblant d’avoir un but, une lubie, par peur de.

Mon coeur s’accélère, je l’entends battre dans ma tête, mes joues me brûlent, mes mains se trempent de sueur, mon souffle se fait court, ma bouche se sèche, mon attention est prise, voire capturée, ma pensée tout entière est réunie en cet instant… Détrompez-vous! ce n’est pas la révolte qui m’anime, c’est la peur!

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En transit, partie 2

Hans jeta un oeil furtif sur son bagage, comme pour se rassurer. Il fit de même, discrètement, sur celui d’Achille-tendon qui servit d’étalon. Puis, il regarda de nouveau devant lui, apaisé et heureux. Dans son dos, les têtes des usagers se mirent à chanceler du premier jusqu’au dernier. Ils reproduisirent tous l’inutile vérification. Hans remarqua qu’il était bon de se faire peur. Pas des grosses peurs, mais des petites frayeurs du quotidien pensa-t-il. Il s’interrogea et se demanda comment serait la vie sans ces peurs. Il en conclut qu’elles étaient nécessaires dans nos sociétés occidentales. Avoir peur, c’était être vivant, c’était sentir la vie se réapproprier le corps, finit-il par se dire, content d’en être arrivé là. Lire la suite